Continuer à faire
La musique à l'hôpital, autrement.
Quand ma fille Blanche était bébé, elle a été hospitalisée et opérée. Je suis restée une semaine avec elle à l'hôpital.
Un après-midi, trois bénévoles sont venus faire les clowns auprès des enfants. C'était un très joli moment. Ils ont apporté de la gaieté, Blanche a souri et, pendant quelques instants, l'atmosphère de la chambre a changé.
Puis ils sont partis.
Et presque immédiatement, j'ai regardé ma montre pour savoir à quelle heure aurait lieu la prochaine piqûre.
Ce moment m'a beaucoup fait réfléchir.
Depuis longtemps, je joue dans des hôpitaux et des maisons de retraite. J'ai toujours pensé que ces concerts pouvaient apporter quelque chose aux patients et aux résidents. Et je le pense toujours. Je continuerai à les faire. Il arrive même que certaines personnes viennent écouter près du piano dans leur lit, parce qu'elles ne peuvent pas être installées dans un fauteuil.
Ces moments comptent.
Mais ce jour-là, avec Blanche, j'ai compris aussi leur limite.
Pendant le spectacle, nous avions oublié un instant l'hôpital. Mais lorsque les clowns sont partis, la maladie, les soins et l'attente étaient toujours là.
Alors je me suis posé une autre question :
Et si, au lieu de venir seulement jouer pour les patients, nous leur donnions la possibilité de faire eux-mêmes quelque chose ?
C'est de là qu'est née une idée qui me tient particulièrement à cœur : proposer de véritables cours de musique au sein des hôpitaux et des lieux de soin.
Pas pour ajouter une obligation ou un stress supplémentaire. Tout au contraire.
Pendant un cours de piano, pendant quelques minutes, la personne n'est plus seulement un patient qui attend un traitement.
Elle a un objectif.
Trouver un do. Jouer un mi et non un fa. Réussir une petite phrase. Recommencer jusqu'à ce que cela fonctionne.
Et c'est quelque chose que je trouve merveilleux : même lorsque l'on est très malade, même lorsque l'on traverse un moment de grande fatigue ou de découragement, dès qu'il y a quelque chose à réussir, notre attention se déplace.
Pendant quelques instants, on ne pense plus seulement à la maladie.
On veut y arriver.
Et lorsque finalement on y arrive, il y a une vraie joie. La joie toute simple d'avoir réussi quelque chose.
C'est précisément ce que je voudrais retrouver dans ces cours.
Le professeur n'est pas devant « un malade ». Il est devant une personne qui apprend, exactement comme n'importe quel autre élève. Il peut lui dire : « Non, là, c'est un mi, pas un fa. On recommence. »
À cet instant, il y a simplement un professeur, un élève et quelque chose à accomplir ensemble.
La maladie est toujours là, bien sûr. Mais pendant un moment, elle n'occupe plus toute la place.
On apprend. On cherche. On recommence. On réussit. Et on peut être fier de soi.
J'aimerais que ces cours puissent être proposés aux patients, mais aussi, lorsque cela est possible, aux soignants. Eux aussi vivent quotidiennement dans un environnement où la maladie, l'urgence et la responsabilité occupent une place immense.
La musique ne supprimera évidemment ni la maladie ni la souffrance.
Mais elle peut offrir un espace où l'on fait autre chose qu'attendre.
Cette idée rejoint profondément la raison pour laquelle j'ai créé Piano Académie. Je suis pianiste. J'ai appris à jouer, j'ai cherché pendant des années comment travailler et comment faire naître un son. Et ce que j'ai appris, j'ai toujours eu envie de le partager.
Je crois profondément que la musique n'est pas réservée à quelques-uns.
Quelles que soient notre situation, notre histoire ou nos difficultés, il reste toujours possible d'apprendre, de progresser et de faire quelque chose de beau.
C'est ce projet que j'aimerais aujourd'hui développer dans les hôpitaux et les lieux de soin, en complément des concerts que je continuerai à y donner.