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Schubert — transformer la douleur

Chez Schubert, j'entends souvent de la douleur. Mais curieusement, lorsque je le joue, je ne ressens jamais seulement de la tristesse. Il se passe autre chose. Comme si une émotion très intime, parfois très douloureuse, était transformée par la musique en quelque chose de plus noble.

J'ai longtemps cherché le mot qui pouvait expliquer ce que je ressens chez Schubert.

En coréen, il existe un mot que j'aime beaucoup : 승화.

On pourrait le traduire par « sublimation ».

Mais ce n'est pas seulement rendre quelque chose plus beau.

Pour moi, c'est prendre une émotion qui peut être très douloureuse, sans la nier, sans essayer de la faire disparaître, et réussir à la transformer en quelque chose de plus élevé, de plus noble.

C'est exactement ce que je ressens chez Schubert.

Quand je joue ses œuvres, j'entends souvent une grande solitude.

Il peut y avoir une tristesse très profonde, quelque chose d'intérieur, parfois presque impossible à expliquer avec des mots.

Mais curieusement, je ne termine pas Schubert avec le sentiment d'avoir seulement traversé quelque chose de triste.

La douleur est toujours là.

Simplement, elle a changé.

C'est très différent de Beethoven pour moi.

Chez Beethoven, je sens souvent quelqu'un qui lutte. Il refuse, il se met en colère, il se bat avec ce que la vie lui impose.

Chez Schubert, je ressens autre chose.

Il ne cherche pas toujours à combattre.

Quelquefois, j'ai plutôt l'impression qu'il regarde ce qui lui arrive, qu'il l'accepte et qu'il réussit à en faire de la musique.

Et cette musique devient tellement belle que la douleur elle-même prend une autre dimension.

C'est cela qui me bouleverse.

Parce que dans la vie aussi, nous ne pouvons pas toujours changer ce qui nous arrive.

Certaines choses ne peuvent pas être réparées. Certaines tristesses restent avec nous.

Alors qu'est-ce qu'on en fait ?

Je pense que Schubert nous donne peut-être une réponse.

On peut transformer.

Lorsque je joue les Impromptus, par exemple, je ressens énormément cette intériorité. Même lorsque la musique devient agitée ou passionnée, j'ai l'impression qu'elle revient toujours vers quelque chose de très personnel.

Comme si nous entendions les pensées de quelqu'un lorsqu'il est seul.

Et il y a aussi les Lieder.

Schubert est capable de prendre une histoire extrêmement simple — quelqu'un qui aime, quelqu'un qui attend, quelqu'un qui marche, un ruisseau, un souvenir — et d'y mettre toute une vie humaine.

C'est extraordinaire.

Il n'a pas besoin de quelque chose de spectaculaire.

Quelques notes peuvent suffire.

C'est peut-être pour cela que je trouve sa musique tellement noble.

Elle ne cherche pas à nous impressionner.

Elle ne nous dit pas non plus : « Ne soyez pas triste. Tout va bien. »

Non.

La tristesse existe.

La douleur existe.

Mais Schubert semble nous dire qu'on peut prendre cette douleur et en faire autre chose.

Une phrase.

Un chant.

Une musique.

Quelque chose que l'on peut ensuite partager avec quelqu'un d'autre.

Et à partir de ce moment-là, la douleur n'est peut-être plus exactement la même.

Elle est toujours là, mais elle est devenue musique.

Pour moi, c'est cela, Schubert.

Et c'est peut-être cela aussi, 승화 : ne pas effacer ce qui fait mal, mais réussir à le transformer en quelque chose qui peut toucher, consoler et finalement devenir profondément beau.

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