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Beethoven — la musique telle qu'est la vie

Pour moi, Beethoven est peut-être le compositeur le plus humain. Il ne cherche pas à parfumer la vie pour cacher ce qui n'est pas joli. Il la montre telle qu'elle est.

Quand je joue Beethoven, ce qui me touche d'abord, c'est son côté profondément humain.

Dans sa musique, il y a tout.

Il y a la colère, le dégoût, le désespoir, le déchirement. Il y a des moments où j'ai l'impression qu'il refuse complètement ce qui lui arrive, presque comme s'il disait : « Non, ce n'est pas juste, je ne l'accepte pas. »

Mais il y a aussi énormément de tendresse et de joie.

Et quelquefois, cette joie va beaucoup plus loin. Dans certains passages, j'ai presque l'impression de voir Beethoven à côté de moi, en train d'éclater de rire comme un enfant.

C'est pour cela que j'ai du mal à voir Beethoven uniquement comme cet homme sombre, sérieux, toujours en lutte que l'on représente souvent.

Bien sûr, sa vie a été difficile.

On parle beaucoup de son enfance et de la dureté de son père, qui voulait faire de lui un deuxième Mozart. Puis il y a eu cette épreuve qui, pour un musicien, paraît presque impossible à accepter : perdre progressivement l'ouïe.

Et pourtant, Beethoven continue à composer.

C'est pour cela que je le vois un peu comme un héros de la vie.

Il ne devient pas un héros parce que tout va bien. Au contraire. Il traverse quelque chose qui semble impossible et continue malgré tout à construire une musique immense, majestueuse et généreuse.

Je me suis quelquefois posé une question à propos de son enfance.

Son père a été extrêmement dur avec lui, et je ne cherche évidemment pas à justifier cette violence. Mais je me demande si tout ce travail musical imposé lorsqu'il était très jeune n'a pas aussi construit quelque chose de tellement profond en lui que, plus tard, même lorsqu'il n'entendait presque plus, la musique était déjà entièrement présente dans sa tête.

Je ne sais pas si c'est vrai. C'est simplement une question que je me pose lorsque je travaille sa musique.

Ce qui m'impressionne surtout, c'est que Beethoven ne cache rien de tout ce qu'il traverse.

Il ne cherche pas à rendre les choses plus jolies qu'elles ne le sont.

Il ne met pas de parfum pour cacher ce qui est négatif.

Sa colère reste une colère.

Sa douleur reste une douleur.

Quand quelque chose est brutal, cela peut être brutal.

Et pourtant, lorsque je vais jusqu'au bout d'une œuvre de Beethoven, j'ai rarement l'impression qu'il me laisse complètement dans le désespoir.

Après avoir lutté, refusé, crié parfois, quelque chose arrive.

Cela peut être une douceur, une conclusion, une forme d'acceptation ou de paix.

Je ressens cela un peu comme lorsqu'on fait le tour du monde.

On découvre des endroits extraordinaires. On voit des paysages magnifiques, des choses impressionnantes que l'on n'aurait jamais imaginées.

Et puis, après tout cela, on rentre à la maison.

Notre maison n'est peut-être pas extraordinaire. Ce n'est peut-être pas un endroit où quelqu'un d'autre dirait « wow ».

Mais lorsqu'on rentre, on pense simplement :

Qu'est-ce que ça fait du bien d'être ici.

Je retrouve souvent cette sensation chez Beethoven.

Après tout ce que l'on vient de traverser, il nous ramène quelque part.

Et pour moi, c'est là que le rôle du compositeur, puis celui du musicien, deviennent extraordinaires.

Il peut y avoir de la colère sur la partition. Du désespoir. De la douleur. De la joie. Du déchirement.

Nous n'avons pas besoin de les cacher.

Parce qu'entre les mains du compositeur, puis entre celles du musicien, toutes ces émotions peuvent devenir beauté, si l'interprétation est juste.

C'est une conviction très importante pour moi en tant que pianiste.

La musique n'est pas là pour faire croire que la vie est toujours jolie.

Elle peut prendre la vie telle qu'elle est.

Avec ses colères, ses blessures, ses moments de bonheur, ses injustices et ses difficultés.

Beethoven traverse tout cela.

Il lutte.

Et finalement, il arrive encore à nous conduire vers quelque chose qui ressemble à la paix.

C'est peut-être pour cela que sa musique me paraît si profondément humaine.

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